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Ça nous rajeunit pas

23 juin 2007

Le week-end avait plutôt bien commencé.

Jeudi c’était la fête de la musique. Rien sur Tonnay-Charente, et j’avais un peu la flemme de reprendre la voiture pour aller à Rochefort. Il faut dire aussi qu’à la maison on n’est pas trop portés sur les fêtes obligatoires, fut-ce celle de la musique. La musique, on en écoute et joue tous les jours, alors la petite a décidé l’année dernière, que le 21 juin serait plutôt chez nous, le jour de la fête de la bière. Et comme on n’aime pas la bière, ni l’un ni l’autre, ben c’est surtout l’occasion d’un apéro, ensuite c’est comme tous les soirs : Guignols, dîner, vaisselle, piano, balade du chien, lecture et/ou internet. Enfin, lecture pour elle, net pour moi. À ma grande honte il y a beaucoup de bouquins sur la table de nuit, mais je me couche toujours trop tard pour en profiter.

Hier soir, vendredi, j’ai quand même pris la voiture pour Rochefort, pour cause de conférence sur Zimmerman Robert, par Christophe Koechlin, auteur d’une bio de référence. J’aime bien Dylan je n’allais pas louper ça, surtout que l’affiche de la conf’ annonçait des extraits audio et vidéos rares ça valait bien le déplacement.

Oui la conférence était bien ; surtout des cheveux gris ou rares, des lunettes et des bedaines petites, moyennes ou grosses dans la salle. Mais on sentait bien que certains étaient d’authentiques Dylaniens, le genre à avoir tous ses disques et l’avoir vu trois fois en concert (dont deux, où le Maître était bourré ou jouait faux, et une où il était génial). Et puis, deux rangs devant moi, une jeune fille blonde vraiment très blonde et très jolie, je n’ai pas pu m’empêcher de penser : « Blonde on blonde ».

Le conférencier, un authentique passionné aussi ça ne fait aucun doute. J’ai juste regretté que le PC portable qui devait passer les vidéos, utilisait un système d’exploitation très répandu mais pas spécialement réputé pour sa stabilité, ne nous a permis de voir que deux vidéos, dont une sur Woody Guthrie. Après quoi, rideau le PC. Le conférencier un peu embarrassé, nous a expliqué que c’était très Dylanien, une panne de matos, et que ça mettait de l’imprévu dans le déroulement de la conférence. Perso j’aurais préféré qu’il ait amené un Mac ou un PC sous Linux, tant pis pour l’imprévu mais on aurait vu au moins, les vidéos rares.

Autre déception, M. Koechlin nous a dit que Nashville Skyline c’était un des plus médiocres album de Dylan. Moi c’est un de mes préférés, surtout Girl from the North Country avec Johnny Cash et sa grosse voix... Mais bon, je ne prétends pas non plus être un spécialiste de Dylan, il y en a déjà un dans la famille, ça suffit bien. Alors tant pis : je continuerai à l’écouter, simplement je ne m’en vanterai pas au frangin, et je dirai désormais que c’est une grosse daube et que Highway 61 revisited oui ça c’est du Dylan, du vrai. Comme ça je me ferai plaisir, et en plus, j’aurai l’air d’un connaisseur. J’ai bien fait d’aller à la conférence (elle était vraiment jolie cette blonde).

Ce matin, visite de la maman, la mienne, évènement rare et toujours apprécié mais que je ne développe pas ici, sinon pour dire que ça continuait bien le week-end.

Et cet après-midi, c’était un après-midi puni-cagibi. Le bonheur quasi parfait, d’être seul, presque dans le noir, avec, rituel obligatoire, un épisode de l’histoire de Jack Rose, téléchargé la veille. Cette émission de radio est un régal, et je ne me lasse pas de la voix chaude et profonde de Benoît Allemane.

En plus, j’ai fait une découverte. Il faut vous dire que j’ai équipé mon cagibi, d’une petite console de mixage, pour simplifier les connexions entre les z’ordis, la guitare qui ne sert jamais, la basse qui ne sert pas souvent, le lecteur de CDs, les enceintes et le gros-z-ampli d’orgue Hammond dont j’ai bêtement crevé un haut-parleur de 30 cm la semaine dernière. Et je me suis rendu compte cet après-midi, que grâce à cette console, je pouvais maintenant jouer de la basse sur un disque, et doser les deux... et donc, me retrouver bassiste de Dylan le temps d’un après-midi puni-cagibi, dis-donc. Un karaoké-basse, en quelque sorte : le bonheur.

Avec Bob, on s’est fait (lui en acoustique, moi en électrique) Knockin’ on Heavens Door, Desolation Row, et surtout, deux fois de suite (l’avantage du système, c’est qu’on peut bisser facilement) Like a Rolling Stone. Et puis on a fini par With God on our Side, j’ai joué comme un chef et les gens ont vachement applaudi. Géniale cette console, la basse elle va servir bien plus souvent maintenant : jouer avec le Zimm, c’est plus excitant que faire doum-doum-doubi-doubi-doum tout seul dans son cagibi.

Après Dylan, je me suis fait une heure de Bach au piano, pour l’hygiène, puis Sticky fingers des Rolling Stones à fond les manettes dans toute la maison : je profite généralement des moments où je suis seul pour faire le maximum de bruit. En fait ce soir je n’étais pas absolument seul ; il restait à la maison le grand, qui a dû émigrer au fond du couloir pour bouquiner, parce que les Stones c’est pas son truc. Ils n’ont jamais fait de musique pour un film de James Bond, ça explique.

Quand le gros de la troupe est rentré, je me suis fait, pour rester dans l’ambiance, un beau fond d’écran avec des photos des Stones. C’est pas que je sois groupie, surtout depuis que les Stones s’affichent avec notre premier ministre sur leur site, ce qui me donnerait plutôt envie de réécouter Woody Guthrie. Non, mais si j’écoute Dylan régulièrement depuis mes quatorze ans (ça nous rajeunit pas), j’ai découvert très tard les Stones, à quarante balais passés, et j’ai une certaine sympathie pour leurs vieilles trognes burinées comme pour la classe discrète de Charlie Watts l’amateur de peinture et de jazz.

Oui, c’était un bon week-end en perspective. Ce soir le melon (charentais) était parfumé, j’avais fait une bonne omelette aux patates (ma spécialité, avec les nouilles et la semoule de couscous).

Après dîner, je suis revenu vers le PC pour voir les mails. Horreur. Le petit con s’était vengé de sa lecture perturbée par Brown Sugar et Sister Morphine. Il m’avait tout taggué mon beau fond d’écran. Viré Charlie, et mis Clint à la place. Et tout ça, barbouillé d’insanités.

M’en fous. Demain je retourne dans le cagibi, et la vengeance sera terrible. Ça sera à nouveau Like a Rolling Stone. Avec Keith Richards and Ron Wood, on guitars. Mick Jagger, lyrics. On drums, Mr Charlie Watts. And moi, bass guitar. It’s only Rock’n Roll, mais j’aime bien ça.