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Vague bleue

11 juin 2007

J’aime bien les estampes du peintre japonais Hokusai, dont ses célèbres vagues.

J’aime bien aussi, la couleur bleue, notamment celle des résurgences vauclusiennes et les bleus de Yves Klein.

Mais je n’aime pas vraiment la « vague bleue » qui vient de submerger le pays, et s’apprête à remettre ça la semaine prochaine. Plus d’espoir comme on a pu en avoir au premier tour (du moins les optimiste indécrottables dans mon genre) que les gens se réveillent, réfléchissent, se motivent et (ré)agissent.

Plus que le bleu, cette vague a pour moi les couleurs du noir et blanc, le noir et blanc du générique des Temps Modernes de Chaplin. Vous vous souvenez probablement, de ces ouvriers qui se hâtent vers les grilles de l’usine, et le parallèle avec, au plan suivant, un troupeau de moutons qui se pressent vers ce que l’on devine être le bout de leur vie de mouton. Je n’ai pas les « Temps Modernes » en DVD pour en faire une capture d’écran, et pas trouvé la scène ni même l’image sur le net pour illustrer cette page, mais c’est cette même sensation, ce même oppressement. Il est bien évident que les discours rassurants des uns et des autres n’y changent rien, sinon augmenter le malaise.

Qu’on s’achemine vers une façade de démocratie, avec un parlement fantoche, et un pouvoir à la botte des puissances de l’argent, ce n’est pas ça qui me fait peur. Le risque est réel, mais le pays a déjà connu des jours plus sombres, dont il n’est pas mort. D’autre part c’est déjà un peu le cas, et ce pouvoir qui se gargarise de rupture n’est qu’un replâtrage de celui en place depuis plusieurs années. Deux ministres ex-socialistes (pas des plus reluisants), l’évocation d’un résistant communiste et quelques os à ronger pour le populaire sont effectivement un changement : dans l’habileté à neutraliser l’opposition, à museler les médias, jouer avec les paillettes. Mais pas dans l’éthique, ni les objectifs. Mais encore une fois ça n’est pas le plus grave.

Non, ce qui m’inquiète, c’est cette passivité des gens, ce bonheur à bêler et se presser autour de ses nouveaux maîtres, à faire sien son slogan travailler plus pour gagner plus (« Liberté, Égalité, Fraternité » c’était pourtant pas si mal même si je conçois que ça puisse paraître démodé). Ou à ignorer simplement le phénomène.

Je ne serai pas étonné outre mesure si à côté de ce slogan-là, fleurissent prochainement de nouveaux commandements, tout droit sortis de la Ferme des animaux.

Mais je serais encore moins étonné, que le pays se laisse benoîtement emberlificoter, et continue, au risque de radoter mais j’aime bien cette image, à lêcher la main qu’il devrait mordre, et de s’extasier comme je l’ai entendu aujourd’hui, sur le beau score de cette équipe dynamique et son président si sympathique.

Ce n’est pas le pouvoir, la tyrannie, ni même la dictature, qui sont terrifiants, mais la docilité, la passivité qui en permettent l’émergence et le maintien.

Cela, oui, ça me fait peur.