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L’esprit Platon

1er août 2019

À Coline

On a bossé ensemble à l’école pendant un an et c’était vraiment une collègue adorable. En fin d’année, pour son départ dans le Midi, rituel des petits cadeaux de toute l’équipe, des livres. On s’était mis d’accord pour lui offrir chacun des livres qui avaient compté pour nous. Sur les trois que j’avais choisis, elle en avait déjà deux, et elle nous avait offert à tous en retour, en rougissant comme à chaque fois qu’elle est embarrassée, un bouquin qu’elle avait écrit et auto-édité, « l’Esprit Platon » ; sans rapport avec le philosophe antique mais un superbe texte fin et sensible, sur la maison d’enfance comme on en a tous connu, et perdu une.

Le sentiment à la lecture privilégiée de ce texte intime et pudique, d’avoir passé un an à fréquenter quelqu’un sans doute encore beaucoup plus riche intérieurement que ce que l’on savait déjà — mais c’est sans doute comme ça avec tout le monde et tout le temps, en fait ; que sait-on vraiment des gens, même les plus proches ? Alors, les collègues de boulot ?

Enfin cette confiance mise en nous, m’avait encouragé :

« — Avant que tu déménages, ça me ferait plaisir de faire un portrait de toi, si tu es d’accord... en souvenir... — OK »

Je n’avais quasiment pas fait de portrait sauf en famille depuis quelques années, ça me terrorise. La dernière fois en 2010, en me cachant derrière la chambre 13x18 offerte par Fernand, de manière à ce que les modèles soient encore plus intimidés que moi.

On a pris RV son dernier jour à Paris, le jour le plus chaud de juillet, dans l’appartement vide. « On rend les clés ce soir, on est vachement à la bourre avec le ménage, je suis comme je suis, et j’ai pas beaucoup de temps, hein.. — Disons un quart d’heure ? — OK »

Tu as beau avoir pris dans le sac un des plus beaux appareils jamais créés, celui-là même ou presque, qui est allé sur la Lune (on était le jour anniversaire de l’alunissage d’Apollo XI, pas envisageable d’en utiliser un autre) reste que le photographe est pataud ; que l’argentique c’est l’argentique, et qu’un portrait à contrejour, au 1/30e à pleine ouverture en 6x6, le résultat tu te doutes bien que si ça passe tu auras de la chance.

Disons que ce jour-là, l’esprit Platon était peut-être avec nous, le résultat je crois quand même que ça lui ressemble assez.

Coline
Paris, juillet 2019