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Petites voitures

Publié le 1er juillet

à Michel Bovani

C’est un sujet de taquineries sur le mode « comique de répétition », avec un copain fan de vieilles bagnoles et de belles carrosseries, qui a du mal à comprendre que pour moi, fils et petit-fils de garagistes, c’est juste un objet utilitaire dont on peut difficilement se passer ailleurs que dans les grandes villes, carrément nuisible dans celles-ci, et intrinsèquement à peu près aussi érotique et désirable qu’un caddie de supermarché.

Malgré tout (nobody’s perfect) on a trois petites voitures sur une étagère de la chambre, à l’étage des BD : une Méhari jaune, une 4L verte, et une Aston-Martin DB5 grise.

Parce qu’un jour dans une station-service d’autoroute, en sortant des toilettes j’avais vu cette petite Méhari jaune qui me rappelait celle que mes parents avaient dans leur maison de bord de mer — parce que le père, en homme d’automobiles avisé et pratique, s’était dit qu’avec sa carrosserie en plastique c’était la seule voiture qui ne risquait pas d’y rouiller. Il en avait même involontairement lancé la mode dans le pays, qui aux dernières nouvelles dure encore 40 ans plus tard. On l’appelait la mère Marie et ma mère a trimballé avec elle deux générations de drôles à l’arrière, sans siège ni ceinture, pour quoi faire ? Une fois arrêté, le débonnaire véhicule se transformait en bateau de pirates ou en repaire pour Al Capote et le Gang de la Méhari, entre autres (texte de mon neveu Emmanuel, avec le masque jaune bien avant les raisons sanitaires).

La petite 4L, à côté sur l’étagère, était sur le même présentoir que la Méhari jaune dans la station d’autoroute ; et c’était la première voiture de son père à Elle, dans la même couleur exactement. On était donc ressortis avec chacun notre bagnole souvenir dans le creux de la main, comme un reste de cordon qu’on ne serait pas arrivés à couper (ou le besoin, quand on se retrouve largué dans le vaste monde sans ses ascendants, de se raccrocher à quelque chose d’eux — ou bien à son enfance, qui s’éloigne inexorablement).

L’Aston Martin DB5, c’est évidemment celle de James Bond, parce que le fiston ne peut pas promener toute sa collection de jamesbonderies dans ses domiciles successifs autour du monde ; et qu’à côté des nôtres elle est aussi bien qu’au fond d’un carton.

Alors oui, pour ces trois voitures, privilège de bibliothèque. À part ça, parlez-moi des lignes sensuelles d’une Jazz Bass, d’une Rickenbacker, de la carrosserie d’un Pleyel modèle 3, des oscillateurs d’un ARP 2600 ou du tableau de bord d’un Synthi A. Mais les bagnoles en général, franchement, à part coûter des sous, rouler quand ça ne tombe pas en panne, et finir à la casse ensuite ?

Petites voitures
Tonnay-Charente, 2019