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Régression

10 juillet 2006

Souvent en cours d’année, il m’arrive de souhaiter une bonne grippe, pour tout arrêter, et perdre son temps sans remords à des trucs aussi idiots que de revoir tous les épisodes de Au nom de la Loi avec Steve McQueen, relire tous mes vieux Photographie Magazine et autres occupations hautement intellectuelles.

Mais en fait, ça c’est quand tout va bien. Et puis paf, les vacances s’annoncent, une bonne fièvre, on tient tant mal que bien les deux derniers jours au boulot sinon ça la fout mal ces instits toujours en vacances et qui n’attendent même pas la sortie, et on se retrouve au lit pour de bon, avec fièvre et migraines pendant dix jours, à dormir toute la journée et attendre le jour, la nuit. Dix jours pendant lesquels on est trop mal pour seulement penser à Steve McQueen et sa Winchester à canon scié, et qu’on voudrait juste mourir.

Première chose à faire dans ces cas-là, fermer « définitivement » le Café du Commerce en expliquant que non, ça ne sert à rien, qu’on n’est plus motivé, qu’il faudrait passer à SPIP mais qu’on n’en a pas envie etc. Consternation des enfants (« tu me déçois Papa »), sourire entendu de Madame qui a l’habitude de ces tentatives de suicide numérique. Mais déjà ça fait du bien, l’impression d’avoir fait quelque chose, d’avoir fait un pas vers le néant.

Et puis la voisine, gentille, qui vient aux nouvelles et vous dit « j’ai découvert ton site hier, j’ai bien ri, continue » alors remise de la page originale en se félicitant de n’avoir pas pour une fois annoncé la disparition du Café par mail à toute la coterie.

À la troisième visite chez le médecin on finit par se sentir chez soi au cabinet médical et la pharmacie. J’apprends que la femme du préparateur a aussi de la fièvre depuis dix jours suite à une infection urinaire. Moi aussi j’ai fait une analyse mais c’est pas ça enfin je compatis.

Aux résultats de la prise de sang, un pt’it coup d’Internet et je me découvre au choix alcoolique au dernier degré (je me savais pas très net sur ce coup-là, mais à ce point non), ou bien cancer du foie, ou infarctus. Pas glop. Mais bon le toubib, sans l’aide d’Internet, juste en regardant les chiffres comme ça, trouve une mononucléose infectieuse. Balaise.

Finalement je préfère. D’abord, parce que c’est quand moins grave et que je connais des gens qui l’ont eue et qui ne sont pas morts (dont mon neveu champion de natation, et la gamine qui me l’a probablement refilée à l’école). Ensuite, parce que c’est un joli nom, qui impressionne la galerie, et dont Wikipedia et autres précisent bien que ça donne une grande fatigue et que ça dure très longtemps. Donc, bonne conscience pour faire le sac à patates à la maison et continuer à se faire porter pâle au moment de sortir le chien ou débarrasser le couvert.

Et puis, parce que la fièvre diminuant quand même un peu, on peut passer à la deuxième phase de la maladie, celle où on ne souffre pas vraiment mais où l’on est bon à rien, et donc envisager sereinement, des activités type Au nom de la Loi. Mais la télé ça fatigue quand-même. Alors j’ai commencé par la douze-millième lecture de Par 120 pieds de fond et Pilotes de l’Alaska, vieux bouquins de l’antique Bibilothèque de l’Amitié de mon enfance. Ça c’est bien, ça ne prend pas la tête, et ça passe une heure ou deux.

Dans la foulée, me suis commandé sur Ebay, la quasi-intégrale des Jacques Rogy chez Spirale. Littérature de jeunesse qui a bien un peu vieilli, sarcasmes de toute la famille, mais moi aussi j’ai vieilli alors... Même si depuis j’ai lu forcément tout Lupin, Sherlock, Maigret, Joe Leaphorn et Jim Chee, j’ai toujours une petite tendresse pour Jacques Rogy, son fidèle chauffeur René et sa voiture la Fulgurante.

Mais comme Jacques Rogy ça ne tient pas vraiment au corps, me suis lancé aussi dans Joseph Balsamo. Un Jacques Rogy le matin, Balsamo l’après-midi, avec une pause Cousteau à la télé, et rien je ne veux rien laissez moi mouriiiiiir le soir parce qu’il faut bien continuer à justifier (thermomètre et toux à l’appui) le statut priviliégié de sac à patates.

Du coup je n’ai pas encore descendu mes cassettes d’Au nom de la Loi. Faut dire qu’elles sont un peu nazes et qu’on s’est aussi habitués à la qualité DVD.

Enfin, une mononucléose, c’est long, Wikipédia et même le toubib l’ont dit. J’aurai sans doute le temps de trouver les DVD sur Ebay avant la rentrée.

Jacques Rogy