Bannière cafcom.net

Accueil > Archives > Photographie (vieux) > Une brocante

Une brocante

17 mai 2009

Voilà, c’est un dimanche après-midi. Il fait beau, vous avez traversé le pont, avec le chien, et l’appareil photo favori pour faire quelques sténopés. [1]

Comme c’est dimanche, et qu’il y a du monde sur et sous le pont, vous plantez votre trépied un peu à l’écart, devant une vieille grange en ruine, puis au bord de la petite route qui ne mène nulle part, et qui sert juste à la desserte des prés. Il y a du vent, comme toujours ou presque dans les marais du Rochefortais, mais il fait bon.

Une voiture s’arrête, baisse sa vitre, les gens ne savent pas trop comment engager la conversation mais désignent l’appareil-photo du doigt.

— Ça existe encore, ces trucs-là ?
— Ben, vous voyez bien...
— C’est une brocante ?
— Euh, non, c’est un appareil photo...
— Oui, mais je veux dire, une brocante ?
— Non, c’est un appareil photo grand format.
— Oui, mais c’est un vieux truc ?
— Ah, ben oui, c’est un appareil américain des années cinquante. Il a soixante ans, quoi.
— Ah, ah ! Je me disais bien aussi, avec les pieds en bois, c’est une brocante !
— Bah vous savez, ça fait de bonnes photos... chacun s’amuse comme il peut, et puis ça ne fait de mal à personne, hein...
— Ah ben ça c’est bien vrai, moi j’ai des chevaux plus loin, si vous en faites des photos vous viendrez me les montrer. On a un élevage dans le bourg, et dimanche prochain c’est portes ouvertes.

Ça me démangeait un peu de lui jeter à la gueule au gars que ma SpeedGraphic je ne l’avais pas trouvé dans un vide-grenier comme un vulgaire Zénit, mais que je l’avais fait venir exprès des Uhessa en avion, alors que moi je n’y suis jamais allé, aux Uhessa, et presque jamais pris l’avion non plus. Que c’est Maël Bilquey, un des meilleurs spécialistes de ces engins-là, et mon pote, qui l’avait remise à neuf. Qu’elle sent bon la vieille mécanique, ce mélange d’odeur de métal, de cuir et de graisse. Que c’est mon instrument, mon jouet, mon doudou. Qu’elle dort sur ma table de nuit quand Madame n’est pas là. Qu’un trépied en bois c’est plus léger et rigide qu’un trépied métal, et bien plus agréable au contact quand il fait chaud ou froid. Que ça se fabrique encore et même ça coûte assez cher (le mien, cadeau du beau-père).

Mais à quoi bon se fâcher ? En plus ses chevaux je les connais : il y a un très vieil étalon gentil comme tout (rare, généralement ils sont plutôt cons) et couvert de tiques, qui s’appelle Éros et que les enfants appellent Nez Rose. Une jument craintive qui s’appelle Trinita. Une autre dont on ne connait pas le nom et qui est moche, alors on l’appelle Cageot.

Alors pourquoi pas, lui faire une photo de Nez Rose. Mais si je la fais en sténopé, sûr qu’il va bouger le canard, et le gars va dire que mon appareil de broc’ fait des photos floues.

On fait pas un métier facile. Une brocante... Non mais.

(Photo : Laure Bon)


[1Ceux qui ne savent pas ce que c’est, ont loupé un épisode.

Messages

  • Tu devrais lui indiquez l’adresse de ton chereeeeeee dentiste à nécrose, l’a pas de beaux chicots !

    Voir en ligne : http://lapossonniere.canalblog.com

  • belle dérive de langue, doit même y avoir un nom savant en -ose (comme nez rose) ou en autre chose (hypallage, comme les chevaux qu’ont plus d’âge ?) pour désigner ça

    et tu l’as bien cherché, au lieu de mettre ton sténopé dans une boîte de conserve, comme tout le monde

    on attend le résultat avec impatience (il y en a quelques-uns sur site Schlomoff aussi, en driect des Uhessa où faudra bien que tu ailles http://schlomoff.hautetfort.com/album/_new_york_zero_zero_/ )

    je me trompe, ou le canasson avait la frousse de l’appareil ?

  • Bah, mon p’tit Jacques, je subis aussi ce genre d’affront, avec mon petit S3 2000 en bandoulière, à chaque fois c’est pareil : "Vind’là, le vieux appareil !". "Ca marche encore ça ?" "C’est même pas un reflesque ?" On a beau s’escrimer, dire qu’il est neuf, qu’on en trouve encore, que Nikon avait voulu faire plaisir aux passionnés... Snif ! Y’a que quand on annonce le prix qu’on commence à avoir un peu de considération... Ah, quelle époque mercantile...

    Et c’est vrai qu’il est moche cageot !

    • Elle, c’est "elle", Cageot. Pas si moche que ça d’ailleurs, elle apprécie pas "la Brocante", c’est tout :-)
      Quant à Eros (bel hypallage en effet ce nez rose) il n’a pas l’air impressionné du tout par l’engin.

      Sténopé, mot magnifique, évocateur et pour les photos Jacques, je te fais très vite un petit signe.

      Au fait, bon vernissage !