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Rock’n roll

2 novembre 2008

C’est pas toujours facile, d’être le frère d’un écrivain connu.

Dans l’ensemble, c’est plutôt agréable quand même. D’abord, parce que écrivain ou pas, François a toujours été, depuis que je suis tout petit, un grand frère adorable (au même titre que Pierre, le deuxième, qui ne blogue pas, mais dont la fantaisie, la finesse et l’humour mériteraient bien pignon sur web). On est un peu comme les trois doigts de la main (les mouettes ont bien trois doigts, ça n’a rien d’extraordinaire).

Ensuite une certaine fierté, de connaître un peu le bonhomme et apprécier son travail, parfois se reconnaître dedans au détour d’une page, et toujours heureux quand on m’interroge à son sujet. Ou encore quand les enfants nous ramènent des anecdotes du lycée : « Bon Laure... évidemment, aucun rapport avec François Bon ? — Ben, si, c’est mon oncle... » et le prestige aussitôt de la gamine auprès de sa classe de seconde, d’être la nièce de ce tonton écrivain qu’ils ne connaissent pas, et qu’elle connait elle-même peu. Mais un écrivain connu du prof, même si c’est pas aussi bien que chanteur ou acteur passant à la télé, c’est pas rien.

La seule fois où je l’ai mal vécu, d’être frère de, c’était en retrouvant dans une rue de Civray, l’ancien responsable de notre « Foyer des jeunes », érudit local et barbu, qui nous avait bien connu tous les trois, et pour lequel j’avais sympathie, respect et même une certaine admiration. Il me reconnait et fonce sur moi main tendue, tout sourire : « Bonjour Jacques, comment va ton frère ? » Là, j’avoue que c’est un peu mal passé et que j’ai eu quelque difficulté à rester poli. Chose amusante, ça se passait pile poil devant la quincaillerie Chandernagor, connu à notre époque Civraisienne pour être aussi le frère du ministre André Chandernagor (avantage de l’écrivain sur le ministre : le reste plus longtemps). En compensation, je ne compte plus les ouvertures sur le monde, et les contacts avec des gens exceptionnels (faciles à retrouver dans les pages de ce blog) que je dois au frangin.

Par exemple, son dernier bouquin sur Led Zeppelin. Moi je ne connaissais de Led Zeppelin que le nom. Absolument incapable d’en citer un titre, un nom, et aucune image mentale, visuelle ou sonore. Je ne me souviens plus trop de ce que j’écoutais avant les années 80, à part du folk, un peu de classique, quelques 33t des frangins dont Bob Dylan, le cher François Béranger, dont je ne me lasse toujours pas, et nobody’s perfect, Jean-Michel Jarre [1]. Mais pas Led Zeppelin, et il ne me serait jamais venu à l’idée d’acheter un bouquin sur Led Zeppelin s’il n’avait pas été écrit par mon frère (en plus, je n’ai même pas eu besoin de l’acheter...)

Là on rentre d’une petite semaine dans un gite rural sans internet ni chauffage, donc au lit à 8 heures avec la polaire et le gros Led Zeppelin (et en fin de semaine, le « petit » Zatopek d’Échenoz, et ce contraste entre les deux univers), et donc je sais tout ou presque du Zeppelin, et surtout l’inoubliable portrait de Bonzo le maçon batteur. Ne reste plus qu’à écouter leur musique, j’imagine que ça fera comme avec les Stones que je ne connaissais qu’à peine plus, et qu’ils seront aussi régulièrement invités dans la platine du cagibi.

Mais le problème, une fois rentrés à la maison, c’est que les bouquins du frangin, ils ont leur étagère à eux, dans la bibliothèque, sous Arsène Lupin et Hugo, et au-dessus des Zola (hasard des formats et collections). Au début des petits formats chez Minuit puis Verdier, je complétais avec d’autres contemporains même si j’en lis trop peu : Échenoz, Daeninckx, Winckler, Beinstingel. Là ça fait quatre gros pavés : Tumulte, Rolling Stones, Dylan, Led Zep. Déjà ne restait plus que Beinstingel et Rabelais avec le François, j’ai dû, un peu à regret, envoyer Thierry au purgatoire dans la bibliothèque de l’étage, en bonne compagnie quand même : tout Jack London, un bon peu de Tony Hillerman, Tintin et San Antonio pour ne citer que ceux qui me viennent immédiatement à l’esprit.

Mais même comme ça, maintenant la case du frangin elle est raide de pleine. Alors pour le prochain, ben, je ne sais pas comment je ferai, il faudra encore faire de la place. Peut-être en mettre quelques uns sur Ebay, avec les dédicaces ça peut se vendre pas trop mal. Ou alors faire de la place dans l’étagère à côté qui est pleine aussi, mais là c’est les bouquins sur la danse de la petite et ça va pas se passer comme ça.

Ce qui serait bien, c’est que le frangin, au lieu de plonger dans son enfance à travers les rockers, écrive plutôt sur, je ne sais pas, Nijinski, Babilée, Pontois ou Béjart, par exemple. Ça faciliterait les négociations.

En attendant, Rock’n Roll est un fucking beau et grand bouquin, qui vaut bien la place qu’il occupe dans la bibliothèque, même quand on ne connait rien à Led Zeppelin et qu’a priori on s’en fout — c’est plus pareil après.


[1À ma décharge, c’était le début d’une passion qui ne m’a jamais quittée, pour les sons et instruments électroniques, qui à l’époque, ne couraient pas les rues en dehors de Jarre et Kraftwerk. Pink Floyd et l’immense Pierre Henry ne passaient pas souvent à la radio. La passion est restée, mais Jarre a fait psshhit...

Messages

  • les mouettes te saluent bien ! - dans mon stage de récupération de points de permis de conduire, il y avait un Jimmy Chandernagor qui n’avait rien à voir avec nos Chander à nous, qui se sont toujours dits seuls héritiers du nom (suis tjs en contact avec Ph) - B a un copain qui s’appelle Pierre Michon, et n’a rien à voir avec le Pierrot, faut s’y faire : quand la littérature se démocratise ce sera ça, et moi aussi ton frangin des fois on me confond avec ce type qui fait des bouquins et qui est connu selon le mot que tu emploies !

  • Reste plus qu’a passer chez Mireille dans la rubrique "frère de", à FR3 seront content !
    C’est vrai qu’il est très très bien ton frangin, pi on a été dans le même lycée (Chevrollier à Angers), je crois, pas sur !
    Par contre en photo j’te préfère, même si les siennes sont intéressantes.

    Voir en ligne : http://lapossonniere.canalblog.com

    • J’ai déjà décliné proposition de France 3 il y a 15 jours pour parler du pont de Tonnay (suite à ma page cartes postales) alors c’est pas pour aller raconter ma vie à Mireille quand je peux le faire bien tranquillement à la maison devant mon écran... Pourtant on est très Dumas dans la famille, mais tendance Alexandre.

  • Désolé, je ne connais pas François Bon.

    Je ne connais rien non plus de Led Zep. Enfin, seulement un magnifique concert de l’ONJ dirigé par Franck Tortiller : « Close to Heaven : A Led Zeppelin Tribute ». Tellement bien que j’y suis retourné. Le bœuf de l’ONJ avec le Big Band Chalon Bourgogne, mémorable !

    Jean-Michel Jarre, je connais. Oxygène, mon premier disque en 80. Pourquoi ce nobody’s perfect ? Je prends toujours autant de plaisir à écouter Oxygène, Équinoxe, Zoolook, même si je ne me suis pas intéressé à ce qui a suivi. Gardons les bons morceaux, oublions le reste !

    • Les goûts et le regard que l’on a sur les choses changent avec l’âge... c’est aussi ce qui peut rendre supportable de vieillir. À 15 ans effectivement j’écoutais Oxygène en boucle sur un vieux magnéto à bobines. Je considérais aussi David Hamilton comme un grand photographe... Nobody’s perfect. Le premier disque de Jarre, je peux effectivement le réentendre sans déplaisir, mais plus pour sa capacité à me projeter mentalement dans le passé que pour la musique elle-même, que je trouve maintenant, disons... datée. Par contre, Béranger, Higelin, Nougaro, sans parler de Henry, Stravinski et Debussy, mes premières rencontres musicales ensuite, je ne m’en lasse pas.

  • Sans oublier Berthe Sylva, Jean Lantier, Les compagnons de la chanson, les frères jacques (comme les 3 doigts ....), Jean Sablon...
    Moi c’est plutôt Brel, Brassens, Hendrix, Redding et Dutronc.
    Mais l’important ce sont les chansons que chantait ma Moman !!!

    Voir en ligne : http://lapossonniere.canalblog.com