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Souris, c’est pour la photo

Publié le 8 janvier

Quasiment dans chaque maison où j’ai habité, j’ai une histoire avec les souris. À Rodez, on habitait dans le Haras national, on dormait sur un matelas par terre et elles se baladaient sur notre oreiller. Dans la première maison à Tonnay-Charente, le brave Tintin arrivait à en attraper de temps en temps — « chope la souris, Tintin ! » — (dans cette maison au bord de l’eau rentraient aussi des tritons, des rainettes, et même des couleuvres). Là on dormait dans un vieux lit assez haut, qu’une souris a quand même escaladé une nuit et m’a mordu le doigt au sang ; majeur gauche, j’ai encore la mémoire de cette sensation. Réveillé en sursaut, j’avais réussi à la coincer entre sommier et bois de lit. Elle me regardait avec ses beaux yeux noirs et ses longues moustaches et je l’ai sauvagement assommée à coups de charentaise — Orange mécanique version souris.

À Paris, vivre avec deux chats nous a sans doute longtemps préservé des visites de ces petites bêtes. Mais il n’y a plus qu’un chat qui, comme celui des Musiciens de Brême, est bien vieux et préfère dormir contre le radiateur que chasser les souris — et à l’époque des frères Grimm il n’y avait pas de cuisines intégrées ni bibliothèques Ikea qui leur permettent de se balader en toute sécurité, au point de traverser tranquillement le salon en plein jour sous ton nez, et celui du chat que ça ne réveille pas.

Alors au bout d’un moment, malgré la prévention, ça devient insupportable et on prend des dispositions radicales. À Tonnay j’avais mis des tapettes dans le grenier. À Paris elles ne s’y laissent pas prendre, je me suis résigné à prendre des pièges collants, l’horreur (mais depuis qu’à l’école il y en a, plus de souris, alors qu’on a été envahis aussi). Hier matin il y en avait deux dans le piège. À chaque fois, après un fugitif sentiment de libération, c’est la culpabilité qui te taraude, toute la journée.

C’est si joli une petite souris.

Tonnay-Charente, 2008