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Studio Pierre Henry

Publié le 2 octobre

J’avais toujours rêvé de faire un portrait photo de Pierre Henry, et lui avais même écrit une lettre dans ce sens, le lendemain de la création du Fil de la vie, où l’on était placés juste devant sa console.

Mais la lettre qui m’avait occupé trois heures dans le train, n’est jamais sortie de mon ordinateur : peur d’importuner un homme vieux et malade, peur d’être paralysé de timidité devant celui que certains historiens de la musique comparaient de son vivant à Victor Hugo (je lui avais pourtant parlé à la fin d’un concert en 1988 ou 89, souvenir d’un homme aimable et accessible) — et surtout peur de ne pas assurer le job et d’être ridicule.

Quand il est mort et que j’ai su que sa maison-studio (il en était locataire) allait être détruite, j’ai quand même envoyé un mail à sa compagne, racontant ma très ancienne et très grande admiration pour le compositeur, et demandant l’autorisation d’y faire des photos tant que c’était encore possible. Pas du voyeurisme : il avait lui-même ouvert sa maison à de nombreuses reprises pour des concerts ; il existe déjà un très beau livre de photographies couleur de cette « maison de sons ». J’aurais aimé poser mon objectif sur des détails qui n’étaient pas dans le livre, et en N&B carré — avant que la maison soit livrée aux démolisseurs.

J’avais reçu une réponse amicale et positive d’Isabelle Warnier, confirmée oralement quelques jours plus tard lors d’un concert : ça allait pouvoir se faire. Et puis j’imagine que tout ça a dû être très compliqué à gérer pour elle. Aux difficultés inhérentes à tout décès, ajouter un déménagement en urgence, des montagnes d’archives magnétiques et de « peintures concrètes » à préserver, et de matériel aussi encombrant que fragile et daté, à héberger : il n’y a pas eu de suite et je ne me suis pas permis de relancer.

Le studio est reconstitué à la Philarmonie. Sans l’exubérant fouillis créatif de l’original sans doute — mais quand même un superbe lieu de mémoire pour honorer le plus grand compositeur électroacoustique, et l’un des plus grands compositeurs tout court, du XXième siècle.

Philarmonie
Paris, 2021